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Les « ressortissants africains sont les bienvenus » en Mauritanie, affirme le Premier ministre mauritanien à Dakar

InfoMigrants-Alors que la Mauritanie est vivement critiquée par les associations des droits de l’Homme pour son traitement des migrants, Nouakchott, par la voix de son Premier ministre Moctar Ould Diay a affirmé jeudi que « tous les ressortissants du continent africain étaient les bienvenus » dans son pays. Une déclaration faite lors d’une visite officielle de deux jours au Sénégal, le 8 et 9 janvier.

Le Premier ministre mauritanien, Moctar Ould Diay, a affirmé jeudi 8 janvier que « tous les ressortissants du continent africain et de la sous-région » étaient « les bienvenus en Mauritanie ». Le chef de gouvernement s’exprimait en réponse à une question d’une journaliste lors d’une conférence de presse au Sénégal, où il effectue une visite officielle de deux jours.

La Mauritanie est vivement critiquée par les associations des droits de l’Homme pour son traitement des migrants. Mais Moctar Ould Diay se défend de toute maltraitance. La « gestion de la migration et de l’entrée à nos frontières » est menée de manière « normale et classique », a-t-il martelé depuis Dakar.

Pays majoritairement désertique d’Afrique de l’Ouest, situé sur la côte atlantique, la Mauritanie est devenue ces dernières années le principal point de départ pour des milliers de migrants venus de tout le continent, qui tentent désespérément de rejoindre l’Europe clandestinement par l’Atlantique en quête d’une vie meilleure. En 2024, selon les données de l’Organisation internationale des migrations (OIM), il y avait environ 200 000 migrants en Mauritanie.

« Climat de peur »

Pressée par l’Union européenne – avec qui Nouakchott a signé un accord migratoire en 2024 – la Mauritanie a donc décidé l’année dernière de durcir sa politique migratoire. Début 2025, une vaste campagne d’arrestations et de refoulements de migrants en situation irrégulière avait été lancé dans le pays. Un « climat de peur » s’était installé sur le territoire. « Les gens se cachent », avait déclaré à InfoMigrants Abdoulaye Diallo, président de l’association Ensemble pour un avenir meilleur.

Les migrants arrêtés étaient généralement renvoyés aux frontières avec le Mali ou avec le Sénégal – vers la ville frontalière de Rosso notamment.

« C’est tous les jours qu’il y a des refoulements », avait continué Abdoulaye Diallo. « La police arrête même des gens dans leurs maisons, des hommes lorsqu’ils vont au travail… Les refoulements ne touchent plus seulement les migrants [en route vers l’Europe] mais tout le monde ».

C’est à Rosso, au Sénégal, que les migrants subsahariens expulsés de Mauritanie sont refoulés par car. Crédit : Léa-Lisa Westerhoff / RFI
C’est à Rosso, au Sénégal, que les migrants subsahariens expulsés de Mauritanie sont refoulés par car. Crédit : Léa-Lisa Westerhoff / RFI

Nouakchott, de son côté, avait évoqué des actes de « routine » visant à lutter contre les réseaux de trafic de migrants. En quatre mois, de janvier à avril 2025, le pays a affirmé avoir démantelé 88 réseaux de passeurs. Et intercepter plus de 30 000 migrants.

Selon Mohamed Salem Ould Merzoug, le ministre mauritanien des Affaires étrangères interrogé par RFI au mois de mars, « il n’y a pas, à proprement parler, de mesures particulières enclenchées ». « Notre politique vis-à-vis de la migration irrégulière est restée la même : appliquer la règle de droit et être très ferme, par rapport aux réseaux de migrants irréguliers en particulier ».

Plus de 2 000 « retours volontaires »

Mais les critiques n’ont cessé de pleuvoir. Dans un rapport publié en août dernier, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a accusé les autorités mauritaniennes d’avoir commis de « graves violations des droits humains ».

En septembre, le rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’Homme des migrants avait exhorté les autorités mauritaniennes à « mieux aligner les pratiques dans le pays sur les normes internationales en matière de droits humains » concernant les migrants.

Nouakchott, en Mauritanie, le 5 juillet 2025. Crédit : Reuters
Nouakchott, en Mauritanie, le 5 juillet 2025. Crédit : Reuters

Selon l’OIM, face à ce climat délétère, près de 2 000 exilés, majoritairement guinéens, ont demandé un « retour volontaire » en 2025 pour être ramenés dans leur pays. Le double par rapport à toute l’année 2024. « Les conditions sécuritaires deviennent trop difficiles. Les contrôles ne s’arrêtent jamais », avait raconté en octobre une source anonyme à InfoMigrants pour expliquer cette hausse de rapatriements.

L’hiver dernier, le gouvernement sénégalais s’était même dit « indigné » par les traitements subis par ses ressortissants en Mauritanie. Yacine Fall, la ministre des Affaires étrangères avait déclaré « regretter les conditions d’arrestations et d’expulsions des Sénégalais depuis la Mauritanie » […] Bien sûr, chaque pays a ses lois mais on doit respecter » les droits des personnes et « ne pas maltraiter comme on l’a vu récemment ».

« Régularisation de 28 000 Sénégalais en Mauritanie »

Mais en ce début d’année 2026, le ton est redevenu plus cordial entre les deux pays. Moctar Ould Diay et son homologue sénégalais Ousmane Sonko ont répondu côte à côte aux questions des journalistes à Dakar.

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