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Mauritanie : Le spectre du scandale des bons d’hydrocarbures « Naftec » plane encore…!

Notre paysage socio-économique offre le spectacle saisissant d’une mutation où la privatisation des actifs stratégiques semble se confondre avec une distribution de prébendes au profit d’une nouvelle aristocratie financière. Le cas de la SOMAGAZ, dont le contrôle effectif est désormais attribué à l’homme d’affaires Zine El Abidine après le désengagement massif de l’État à hauteur de 70 %, illustre cette dérive où le bien commun est sacrifié sur l’autel d’intérêts privés.
Il est particulièrement cynique d’observer le nouveau maître d’œuvre de l’énergie domestique exhorter les citoyens à la « rationalisation » de leur consommation. Cette injonction à l’austérité, émanant de celui-là même qui préside à une inflation galopante des tarifs, résonne comme un affront à la réalité précaire des ménages. Le spectre du scandale des bons d’hydrocarbures « Naftec » plane encore sur la mémoire collective, alimentant une méfiance légitime : celle de voir un monopole privé privilégier la rentabilité immédiate au détriment de l’intégrité des produits livrés.
Le parcours de cette figure de proue, passée en moins de deux décennies de la vente de gadgets informatiques à la domination de secteurs névralgiques, interroge les fondements mêmes de notre méritocratie économique. Cette fortune colossale, bâtie à l’ombre du pouvoir, ne semble pas résulter d’une innovation de rupture, mais plutôt d’une proximité stratégique permettant de capturer les rentes de situation. On observe ainsi l’accaparement des flux commerciaux par des acteurs sans qualifications techniques avérées, mais dotés d’un entregent politique sans faille, ainsi que la multiplication de postes « juteux » au sein de l’appareil d’État, transformant la haute fonction publique en une extension des intérêts privés. Le dossier Addax Energy demeure le symbole le plus saillant de cette faillite de la régulation, où certains acteurs bénéficient d’une immunité de fait, protégés par un bouclier d’influence au plus haut sommet. Cette opacité institutionnelle fragilise la souveraineté énergétique du pays et décourage tout investisseur étranger sérieux, soucieux de sécurité juridique.
En résumé, nous assistons à une économie de connivence où la concentration des richesses entre les mains d’une minorité non élue menace de rompre définitivement le contrat social. La transition d’un service public régulé vers un monopole privé sans reddition de comptes est une régression qui place la sécurité énergétique des citoyens sous le joug de l’arbitraire.
Dès lors, l’impact de cette concentration de pouvoir sur l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs indépendants en Mauritanie est dévastateur. Dans un système où l’accès aux secteurs rentables dépend moins de la compétence ou de l’innovation que de l’appartenance à des réseaux d’influence, les jeunes entrepreneurs porteurs de projets vertueux se heurtent à un plafond de verre invisible. Ils se retrouvent acculés à un dilemme cruel : faire allégeance à ces oligopoles ou choisir l’exil économique. La peur de la concurrence déloyale, couplée à l’absence de régulation indépendante, étouffe l’initiative locale et verrouille l’ascenseur social. Pourtant, c’est précisément cette génération montante, formée aux standards internationaux et assoiffée de transparence, qui détient les clés pour inverser la tendance — à condition que l’État recouvre son rôle d’arbitre impartial et que la commande publique cesse, enfin, d’être un butin de connivence.

Eléya Mohamed
Notes d’un vieux professeur

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