Face aux défis migratoires – par Sall Saydou
Face aux défis migratoires
L’immigration est loin d’être un phénomène isolé. La migration ne peut être dissociée des mutations majeures auxquelles se confronte notre planète. L’immigration en Mauritanie est aujourd’hui à la fois un défi sécuritaire, une infiltration sociale et un choc économique. Je me contenterai d’un laconisme pour réaffirmer que les migrations apportent des groupes humains dont nous savons peu de choses , ils viennent avec leurs histoires , leurs cultures et leurs parcours individuels. Tous quittent leurs terroirs et leurs pays , souvent sans ressources et sans qualification. Ces migrants s’installent dans nos villes et nos campagnes sans que nous connaissions rien de leur passé, ils deviennent nos voisins et parlent des langues que nous ne comprenons pas.
Le privilège d’une sécurité efficace est de pouvoir déterminer à priori un périmètre de déductions à partir d’expériences et d’expertises capitalisées. Je vous laisse imaginer le desemparement devant des groupes humains inconnus .
La sécurité s’accommode mal de l’inconnu.
L’infiltration sociale est une forme d’insertion. Elle se caractérise par une appartenance apparente à la communauté en général dans une posture de main-d’oeuvre d’emplois domestiques et occasionnels . Aujourd’hui il n’est pas exagéré de reconnaître que la garde de nombreuses résidences principales et secondaires et la gestion des biens divers sont confiées à des immigrés . Des familles et leurs progénitures développent une double identité de fait. Une infiltration sociale pouvant déboucher sur une nouvelle identité , s’opère et avec laquelle il va falloir composer d’une manière ou d’une autre.
L’atteinte économique est sous la forme d’un choc exogène qui impacte en premier lieu l’économie informelle et certaines catégories d’emplois.
A terme un système d’éviction profite aux immigrés plus concurrentiels et corvéables et de nombreux emplois nationaux sont détruits. Aujourd’hui des pans entiers de notre économie dépendent désormais d’une main-d’oeuvre constituée d’immigrés à l’instar de bassins d’emplois en zone rizicultrice ou aurifère.
Mon propos n’est nullement de faire un procès quelconque à des immigrés réfugiés pour l’essentiel et qui ont un égal droit à la dignité,au respect et à une protection appropriée.
Il s’agit de nous doter des capacités à même de préserver l’intérêt et la sécurité nationale face à l’amplification des phénomènes migratoires.
La persistance et l’aggravation des foyers de conflits accentuent le déferlement de vagues de migrants en zones de paix. La paix est le résultat d’une construction inlassable que nourrit un faisceau de facteurs sociétaux aussi complexes que vulnérables.
Il n’échappe aujourd’hui que la gouvernance globale des États est confrontée à des défis sécuritaires inédits générés par les réseaux sociaux que dire de l’impact additionnel d’une immigration croissante incontrôlée.
La gestion et le contrôle des phénomènes migratoires contemporains demandent des moyens et des réponses que les missions de la police classique ne peuvent apporter.
L’initiative < Rendo Mauritanie> , dans cette esquisse non exhaustive de la problématique migratoire, exhorte les pouvoirs publics de se doter d’une agence nationale investie des capacités d’analyses, de gestion, de prospection et de police dans l’intérêt des immigrés qui sont dans leur écrasante majorité de paisibles citoyens du monde à la recherche d’un bien être dans l’acceptation des communautés locales d’accueil.
L’impératif de sécurité nationale est de se doter des meilleures capacités d’anticipation et de gestion des défis migratoires.
Nouakchott le 05 Mars 2025
Saydou Hassan SALL