Des côtes sénégalaises aux côtes mauritaniennes : la Mauritanie, nouveau point de départ des Sénégalais vers les îles Canaries.
Depuis quelques semaines, une certaine tension règne sur l’axe Dakar-Nouakchott, suite à l’expulsion de ressortissants étrangers par la Mauritanie, principalement des Sénégalais, des Gambiens, des Maliens et des Pakistanais. Ces expulsions semblent être liées à une augmentation significative des tentatives de départ vers les îles Canaries via la Mauritanie.
Il est important de noter que cette situation survient après la tournée ouest-africaine du Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, en août 2024, qui s’est rendu en Mauritanie, en Gambie et au Sénégal. Cette tournée a abouti à la signature d’accords de gestion des flux migratoires avec ces pays, visant à renforcer la sécurité des points de départ. En conséquence, la surveillance des côtes sénégalaises a été considérablement renforcée ces derniers mois, grâce au déploiement de moyens logistiques importants par la Marine nationale, la gendarmerie et la police.
Face à cette surveillance accrue, les candidats à l’émigration clandestine ont modifié leurs itinéraires, se tournant vers la Mauritanie comme nouveau point de départ pour leurs pirogues de fortune en direction des îles Canaries.
Les départs vers les îles Canaries ont connu une évolution notable, avec une chute de plus de 95 % des départs depuis le Sénégal. Cependant, cette diminution est directement attribuable au renforcement de la surveillance des forces de défense et de sécurité sénégalaises, ainsi qu’à l’intensification des patrouilles côtières. Les aspirants à l’émigration clandestine n’ont pas renoncé à leur projet, mais les passeurs ont adapté leurs stratégies en changeant de lieu de départ.
La Mauritanie est ainsi devenue, depuis quelques mois, le principal point de départ des pirogues à destination des îles Canaries, avec une majorité de passagers originaires du Sénégal, du Mali, de Gambie, etc. C’est dans ce contexte que le gouvernement mauritanien a décidé de prendre des mesures pour endiguer ce phénomène. Des opérations ont été menées contre les réseaux de trafic de migrants, aboutissant notamment au démantèlement d’un réseau impliquant des ressortissants mauritaniens, pakistanais, ghanéens et sénégalais, selon les autorités mauritaniennes. Le gouvernement a rappelé que le pays accueille près de 500 000 migrants et facilite leur régularisation par le biais de conventions avec les États voisins.
Dans cette optique, le général de brigade Ahmed Mahmoud Mohamed Abdallahi Taya, chef d’état-major de la gendarmerie nationale, a effectué cette semaine une visite de terrain au poste frontalier entre la Mauritanie et le Sénégal, situé en face de la Société des Bacs de Mauritanie. Le général Taya a souligné la nécessité de maintenir une vigilance accrue le long de cette frontière, où transitent quotidiennement marchandises et voyageurs, tout en saluant le travail des forces sur le terrain et en appelant à anticiper les risques émergents dans un contexte régional marqué par des défis sécuritaires complexes.
Contactée par Dakaractu, une source mauritanienne a expliqué que la vague d’expulsions de Sénégalais et d’autres nationalités est due au fait que ces personnes se rendent désormais en Mauritanie pour tenter la traversée, évitant ainsi la surveillance plus stricte au Sénégal. Les migrants qui arrivent aux îles Canaries sont majoritairement des Sénégalais, des Maliens ou des Gambiens. Selon cette source, les expulsions visent uniquement ceux qui transitent par la Mauritanie dans le but d’émigrer vers l’Espagne, tandis que ceux qui souhaitent s’installer ou travailler dans le pays ne rencontrent aucune difficulté avec les autorités mauritaniennes. « Nous refusons que des réseaux de trafic d’êtres humains prennent d’assaut notre pays, les Sénégalais sont nos frères », a précisé la source.
Pourquoi la Mauritanie s’attelle-t-elle à éradiquer ce phénomène ?
La Mauritanie entretient de bonnes relations avec l’Espagne, notamment en raison de la présence d’une importante communauté mauritanienne aux îles Canaries, communauté respectueuse des lois espagnoles. Selon notre source, l’afflux de migrants au départ de la Mauritanie pourrait à terme nuire aux relations entre les deux pays. C’est pourquoi la Mauritanie a décidé d’agir en amont pour résoudre ce problème.
Une source espagnole aux îles Canaries, également contactée par Dakaractu, a confirmé que 95 % des pirogues arrivant actuellement aux îles Canaries proviennent de Mauritanie et sont pilotées par des capitaines sénégalais, avec à leur bord une majorité de Sénégalais, de Maliens, de Gambiens et parfois quelques Pakistanais. Il est à noter que les départs depuis le Sénégal ont drastiquement diminué de près de 95 %, tandis que ceux depuis les côtes mauritaniennes ont explosé ces derniers mois.
Source : Dakaractu