Deux histoires distinctes, mais une même alerte : dans les conflits familiaux transfrontaliers – Par Chriv Chriv
Emira Abdallahi Dieng, cinq ans, a été prise devant le domicile familial à Tevragh-Zeina par son père un magistrat sénégalais, ancien époux de la mère, puis conduite au Sénégal . Les images diffusées montreraient une opération menée à bord d’un 4×4 double cabine. La qualité de père, et encore moins celle de procureur, ne saurait autoriser une telle méthode : un droit de garde « Hadhana » se revendique devant un juge, il ne s’exécute pas par la force et le fait accompli .
Le père aurait invoqué le remariage de son ancienne épouse et soutenu qu’en vertu du droit applicable, la garde devait revenir à la grand-mère maternelle puis, faute pour celle-ci de la réclamer, au père. L’argument est d’autant plus troublant que l’enfant aurait précisément été prise devant la maison de sa famille maternelle. Surtout, le Code sénégalais de la famille ne pose pas cette automaticité : son article 278 confie au juge la détermination de la garde en fonction du plus grand avantage de l’enfant .
Même à supposer que le père dispose d’un argument valable sur le fond, avoir éventuellement droit à la garde ne donne jamais le droit de se faire justice soi-même . Le remariage de la mère, la nationalité sénégalaise de l’enfant ne remplacent ni une décision judiciaire ni les procédures permettant son exécution en Mauritanie .
Cette affaire dépasse donc une querelle entre anciens époux. Elle touche à l’autorité de la justice mauritanienne sur son territoire et à la nécessaire coopération judiciaire entre la Mauritanie et le Sénégal .
Et l’affaire rappelle inévitablement , par sa configuration transfrontalière et sous réserve des différences juridiques entre les deux dossiers, celle de Selma Fall et de sa fille Léna, dont la mère avait déjà dénoncé publiquement le kidnapping de son enfant par son père Maxime . Deux histoires distinctes, mais une même alerte : dans les conflits familiaux transfrontaliers, le fait accompli ne doit jamais prendre la place du juge .
Par Mohamed Chriv Chriv


