Haratine : ni quota, ni exception, mais citoyen à part entière
Haratine : ni quota, ni exception, mais citoyen à part entièr
Le débat sur la place des Haratines dans la société mauritanienne mérite mieux que les slogans, les postures et les calculs d’opportunité. Il exige de la lucidité, de la cohérence et une vision nationale capable de dépasser les réflexes communautaires qui ont trop souvent empoisonné notre vie publique.
Un Haratine ne doit être considéré ni comme un citoyen de seconde zone, ni comme un citoyen bénéficiant d’un statut particulier. Il doit être, tout simplement, un citoyen. Un citoyen doté des mêmes droits, soumis aux mêmes devoirs et évalué selon les mêmes critères que tous les autres Mauritaniens.
Lorsqu’il s’agit d’accéder à des responsabilités publiques, le principe doit être clair : la compétence, l’expérience, l’engagement et la confiance politique. Dans toute démocratie, certaines nominations relèvent de critères techniques objectifs ; d’autres répondent à des considérations politiques dont l’appréciation demeure, par nature, subjective et appartient au pouvoir légitime. Il n’y a là rien d’exceptionnel. Ce qui serait dangereux, en revanche, serait d’ériger l’appartenance sociale en critère supérieur à tous les autres.
De même, reconnaître que les Haratines sont souvent davantage touchés par la pauvreté que d’autres composantes de la société ne constitue ni une offense ni une stigmatisation. C’est un constat que les réalités économiques confirment encore largement. Une vérité énoncée de bonne foi ne devrait vexer personne. Au contraire, elle doit inciter à agir pour réduire les inégalités et offrir à chacun les moyens de son émancipation.
Dans cette perspective, la discrimination positive peut avoir sa place. Mais elle doit être comprise pour ce qu’elle est réellement : un instrument politique et social de circonstance destiné à corriger des déséquilibres historiques. Elle ne saurait devenir un droit permanent ni une exigence intangible. Lorsqu’une mesure exceptionnelle se transforme en principe absolu, elle finit souvent par créer de nouvelles injustices au lieu de réparer les anciennes.
Il existe par ailleurs un risque dont on parle trop peu : celui de voir se développer ce que l’on pourrait appeler « l’école de l’opportunisme ». Celle-ci consiste à faire de la dénonciation permanente un fonds de commerce politique, à multiplier les discours les plus radicaux sans véritable conviction, dans l’espoir de gagner en visibilité, de faire monter sa cote ou d’obtenir une position avantageuse au sein du système que l’on prétend combattre. Cette attitude dessert la cause qu’elle prétend défendre.
La cooptation de personnes insuffisamment qualifiées, uniquement pour satisfaire des équilibres communautaires ou répondre à des pressions médiatiques, alimente précisément cette logique. Elle envoie un message désastreux aux jeunes générations : celui selon lequel le bruit, la surenchère et la victimisation rapporteraient davantage que l’effort, le mérite et l’excellence. À long terme, ce mal est parfois plus destructeur encore que la marginalisation qu’il prétend combattre.
La Mauritanie a besoin d’une autre voie. Une voie fondée sur la justice, l’égalité des chances, l’équité et la solidarité nationale. Une voie qui refuse aussi bien l’exclusion que le clientélisme. Une voie qui considère chaque citoyen pour ce qu’il est et pour ce qu’il apporte à la collectivité, non pour son origine ou son appartenance.
Car la véritable bataille n’est pas celle des communautés les unes contre les autres. Elle est celle de la construction d’un État juste, capable de garantir les mêmes droits à tous et d’offrir à chacun les mêmes perspectives d’ascension sociale. Tout le reste n’est souvent qu’un écran de fumée entretenu par ceux qui cherchent à préserver des privilèges anciens ou à en conquérir de nouveaux par des moyens indus.
L’avenir de la Mauritanie ne se construira ni dans la concurrence des victimisations ni dans la distribution de faveurs identitaires. Il se construira dans la citoyenneté, seule base solide d’une nation unie, forte et réconciliée avec elle-même.
Sneiba Mohamed


