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Le temps des privilèges doit céder la place au temps de la République – Par Sidi Mohamed TALEB BRAHIM

Plaidoyer pour une Mauritanie réconciliée avec la justice, le mérite et l’intérêt général

Il est des moments dans l’histoire d’un peuple où le silence devient une forme de renoncement. Il est des circonstances où parler n’est plus seulement un droit, mais un devoir moral envers les générations présentes et futures.

La Mauritanie traverse une période décisive. Les défis sont immenses, mais les opportunités le sont davantage encore. Notre pays dispose d’atouts exceptionnels : des ressources halieutiques parmi les plus abondantes du continent, un sous-sol riche en minerais et en gaz, des terres agricoles fertiles, un potentiel considérable en énergies renouvelables et une position géographique qui fait de lui un trait d’union entre l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest et l’espace atlantique.

Aucun observateur sérieux ne peut prétendre que la Mauritanie est condamnée au sous-développement. Ce qui déterminera son avenir ne sera pas l’abondance de ses ressources, mais la qualité de leur gouvernance.

La véritable fracture qui menace notre nation n’est ni géographique ni économique. Elle naît lorsque le citoyen perd confiance dans l’impartialité de l’État, lorsque le mérite semble céder devant les relations, lorsque l’intérêt général paraît s’effacer devant les intérêts particuliers.

Une République moderne ne peut prospérer durablement si les logiques de tribalisme, d’ethnicisme, de clanisme ou de clientélisme prennent le pas sur la citoyenneté. Ces réflexes fragmentent la nation, nourrissent les frustrations et affaiblissent les institutions. La seule appartenance qui doit ouvrir les portes de la fonction publique est celle à la République ; le seul critère de nomination doit être la compétence ; la seule récompense légitime est celle du travail et de l’intégrité.

La corruption, la gabegie, le gaspillage des ressources publiques et l’absence de contrôle efficace ne sont pas de simples dysfonctionnements administratifs. Ils constituent un frein majeur au développement économique, à la justice sociale et à la confiance des citoyens. Chaque ressource publique mal utilisée est une occasion perdue de construire une école, un hôpital, une route, un réseau d’eau potable ou de créer un emploi.

La lutte contre ces dérives exige des institutions solides : des organes de contrôle indépendants, des audits réguliers, des marchés publics transparents, une justice capable d’agir en toute indépendance et une véritable culture de la reddition des comptes. L’argent public n’appartient ni à un gouvernement, ni à une administration, ni à une génération ; il appartient au peuple.

Le respect de la Constitution est la pierre angulaire de l’État de droit. Aucune circonstance, aucune majorité et aucun intérêt particulier ne doivent l’emporter sur la loi fondamentale. Les institutions ne tirent leur légitimité que de leur fidélité au droit.

Une démocratie vivante repose sur des élections crédibles, transparentes et sincères. Chaque électeur doit avoir la certitude que son vote est libre, protégé et fidèlement pris en compte. Les autorités chargées de l’organisation des scrutins doivent exercer leur mission avec indépendance, impartialité et professionnalisme afin de préserver la confiance dans le processus démocratique.

Dans un État républicain, les forces armées ont une mission éminente : défendre la souveraineté nationale, protéger le territoire et garantir la sécurité du pays dans le respect des institutions constitutionnelles. Leur professionnalisme et leur neutralité renforcent la stabilité de la nation.

La jeunesse mauritanienne ne demande pas des privilèges. Elle réclame une école performante, une formation adaptée aux besoins du marché, un accès équitable à l’emploi, des financements pour entreprendre et la possibilité de contribuer pleinement au développement national. L’avenir d’un pays se mesure à la confiance qu’il accorde à sa jeunesse.

Les femmes doivent disposer des mêmes chances d’accéder aux responsabilités, à la propriété, au financement, à la formation et à la représentation. Les personnes en situation de handicap doivent bénéficier d’une accessibilité réelle aux services publics, à l’éducation et à l’emploi. Une République ne se juge pas à la situation des plus favorisés, mais à la manière dont elle garantit les droits de chacun.

La gestion des biens de l’État exige une rigueur exemplaire. Les ressources naturelles, les entreprises publiques, les terres, les infrastructures et les finances publiques constituent un patrimoine commun. Leur administration doit répondre aux principes de transparence, d’efficacité et de responsabilité.

Le développement durable de la Mauritanie passera par la diversification de son économie, la transformation locale de ses ressources, l’investissement dans l’agriculture, la pêche, l’industrie, les nouvelles technologies, l’éducation, la recherche scientifique et la formation professionnelle. Les richesses naturelles ne prennent leur véritable valeur que lorsqu’elles sont transformées en emplois, en compétences et en prospérité partagée.

La République que nous devons bâtir repose sur cinq piliers indissociables : la justice, l’équité, la bonne gouvernance, la compétence et la responsabilité. Ce sont ces principes qui permettront de dépasser les divisions, de renforcer l’unité nationale et de restaurer la confiance entre l’État et les citoyens.

L’histoire ne retiendra pas les discours les plus éloquents, mais les réformes les plus courageuses. Elle jugera notre capacité à faire prévaloir la loi sur l’arbitraire, le mérite sur le favoritisme, la transparence sur l’opacité et l’intérêt national sur toutes les fidélités particulières.

La Mauritanie n’a pas besoin d’une République des privilèges. Elle mérite une République de citoyens libres, égaux en droits et en devoirs, unis par une même ambition : construire un État moderne, prospère, démocratique, juste et respecté.

Le destin d’une nation n’est jamais écrit d’avance. Il se forge par la volonté des femmes et des hommes qui refusent la résignation, placent la République au-dessus de tout et considèrent le service de l’État comme un honneur plutôt qu’un privilège.

La Mauritanie de demain ne sera ni l’œuvre d’un homme, ni celle d’un clan. Elle sera l’œuvre de tout un peuple, réuni autour d’une même exigence : la primauté de la justice, de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et de l’intérêt général.

Par Sidi Mohamed TALEB BRAHIM

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