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Mali – Mauritanie : Dix-Huit commerçants mauritaniens libérés,des témoignages accablants – Par Samir Moussa!

Mali – Mauritanie

Dix-Huit commerçants mauritaniens libérés 
Des témoignages accablants sur la junte malienne, prise en flagrant délit, de maltraitance

Vendredi 07 août 2026

La bonne nouvelle est la fin du calvaire d’une partie des ressortissants mauritaniens qui recouvrent la liberté après plusieurs jours de séquestration et de violences physiques et morales. L’envers de la médaille, ce sont leurs témoignages glaçants à propos de tortures qu’ils disent avoir subies, dont des sévices corporels.

Après leur audition, à Bamako, par le procureur de la République, près le Pôle judiciaire spécialisé en matière de lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée, les dix-huit commerçants mauritaniens, premier groupe interpellé par les autorités, le dimanche 02 août, ont finalement été remis en liberté dans la soirée du jeudi 06 août 2026.

Toutefois, seuls seize d’entre eux seulement ont été remis au représentant de l’ambassade de Mauritanie à Bamako. Les deux autres, dont l’état de santé nécessite une prise en charge avant qu’ils ne retrouvent leurs familles, ont été admis à l’infirmerie du Camp 1 de la gendarmerie, où ils reçoivent des soins. Leur hospitalisation est consécutive aux brutalités endurées, à leur corps défendant, durant la détention.

Le soulagement qui a suivi une libération tant espérée pour laquelle les dirigeants mauritaniens n’ont pas ménagé leur peine ni leur temps, s’est vite estompé, car l’opinion a été consternée et indignée d’apprendre que les otages ont été éprouvés dans leur chair et leur âme pendant leur incarcération.

Les pauvres, venus de Côte d’Ivoire, qui rentraient tranquillement au bercail, ont été confrontés à la violence d’Etat pour ne pas dire aux abus d’une junte fébrile, suspicieuse et paranoïaque. Certes, aujourd’hui, ils recouvrent leurs facultés de mouvement, après moults tractations, mais, ils ont été remis au représentant de l’ambassade de Mauritanie à Bamako, dans des conditions déplorables.

Au total, une trentaine d’innocents furent présentés, pour les besoins de propagande et à des fins de manipulation grossière, comme des « terroristes démasqués » par la junte malienne qui joue à se faire peur et prend la mauvaise habitude de se tromper de cibles et d’adversaires.

Le scénario est toujours écrit d’avance. Le pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée est saisi. Le guignolesque procureur Touré est à l’affût de la moindre occasion pour faire parler de lui et surtout a fait le choix risqué d’inféoder la justice à la junte et d’engager des poursuites en fonction des désirs de ses maîtres putschistes dont il reçoit ses ordres et met du zèle à satisfaire tous leurs desiderata. La réalité, cependant, si évidente et flagrante, ne colle pas au scénario, monté de toutes pièces, un récit à visée mercantile, empreint de suspicion et de stigmatisation gratuites à l’encontre d’un Etat voisin, d’un peuple ami et frère. Et comme l’aveu était longtemps considéré comme la reine des preuves, on tente de l’extorquer en soumettant les suspects à la pression de la chair contrainte, en les forçant à épouser les thèses officielles, bref, tout est tourné pour que des innocents s’accusent de crimes horribles dont ils ne sont guère coupables. La mode stalinienne des procès dits « de « Moscou » n’épargne désormais aucun pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), le plus récent syndicat d’autocratiques en Afrique.
Les ex-détenus ont passé leur première nuit de liberté à la mission diplomatique de la Mauritanie à Bamako. Leurs corps portent encore les stigmates du supplice imposé : bleus au visage, plaies ecchymotiques, cicatrices. Des marques qui ne s’effacent pas en quelques heures, surtout s’il n’y a pas de prise en charge médicale digne de ce nom. Leurs témoignages sur les pratiques et mœurs du camp 1 de la gendarmerie témoignent d’une certaine maîtrise de la question extraordinaire, l’ancien nom de la torture.

Parmi les deux blessés, figure un homme âgé de plus de 70 ans dont l’état aurait nécessité une admission précoce à l’infirmerie du Camp 1 de la gendarmerie.
Pendant sa détention, le vieil homme, se sentant à proximité de la mort, répétait, sans varier : « Lâ ilâha illa Allah » — « Il n’y a de divinité qu’Allah. »
Ses geôliers lui demandent de cesser de telles invocations sous peine de se faire égorger mais il refusa.

Plus la violence augmentait, plus il réitérait la chahada. Selon les témoignages, ses tortionnaires ont fini par l’entraver, le coucher sur le côté et simuler, sur son cou, un sacrifice au couteau. Sa Chahada n’en sera que plus fébrile.

Compte tenu de son âge et de son état après la détention, il a finalement dû être admis dans un état critique à l’infirmerie du Camp 1.

À ses côtés, un jeune homme, lui aussi, dans un état critique. On lui a forcé les doigts en hyperextension, ainsi « retournés » vers le dos de la main jusqu’à fracturer les phalanges distales. Écrasement, tendons arrachés, nerfs lésés, hématomes énormes, douleur extrême. Les séquelles sont connues : déformations permanentes, perte de mobilité, douleurs chroniques, risque d’amputation partielle si l’infection s’installe. La technique est documentée dans les manuels de la torture des dictatures tropicales.

La junte a fini par ordonner la libération de ses otages. Elle ne l’a pas fait après une crise de conscience ou par pure humanité. Elle a cédé sous la pression et à cause du risque d’ouvrir un nouveau front à un moment où elle se délite. La pression du gouvernement mauritanien est montée crescendo. En plus, le montage était trop gros et cousu de fil blanc. Tous les Maliens, même ceux encore sous le charme des slogans, ont décelé la manipulation et le mensonge d’Etat: présenter d’innocents commerçants comme membres de cellules terroristes que « la junte aurait démantelées ». Le peuple n’est pas si dupe que ça.
L’opération de communication s’est effondrée sous le poids d’inventions abracadabrantes.

Le second groupe de 18, dont une femme, arrêté à Kati après la panne du car, doit être présenté aujourd’hui au procureur Touré, Terminator judiciaire de la junte non recyclable. Selon des témoignages de gendarmes eux-mêmes, les 18 auraient, à leur tour, reçu leur dose de molestation, racket et intimidation. L’histoire se répète avec le même camp, les mêmes méthodes, la même logique de terreur d’État, déguisée en lutte antiterroriste.


Assimi Goïta et tous ceux qui ordonnent, tolèrent ou exécutent l’injustice, ont eu une responsabilité pénale dans toutes les exactions commises. Leur sort judiciaire est connu.
Il existe, pour celui qui croit en Dieu, une responsabilité devant Allah.
« Et ne pense point qu’Allah soit inattentif à ce que font les injustes. Il leur accorde seulement un délai jusqu’au Jour où les regards resteront figés. » Sourate Ibrâhîm,14 :42
Le pouvoir passe. Les uniformes n’offrent pas d’immunité. Les régimes se succèdent. Mais la responsabilité des hommes pour les injustices qu’ils commettent demeure.
Et aucune raison d’État, aucun discours sur la souveraineté, aucune propagande et aucune prétendue nécessité sécuritaire ne peuvent transformer la torture d’un innocent en acte de justice ou de guerre.
Allah peut accorder un sursis aux injustes. Le Coran nous rappelle qu’Il n’est jamais inattentif à leurs actes donc ne saurait les épargner, leur permettre de s’en sortir indemnes. Aucun crime ne reste impuni, tout coupable est soit rattrapé par la justice des hommes ou frappé par la main invisible de Dieu. L’issue est toujours fatale.

Samir Moussa

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